Une urbanité rurale : A propos de l'évolution des villages socialistes

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Villes et pratiques urbaines
Mots-clés : Algérie Sociologie urbaine Urbanité Village socialiste

Problématique

Nous ne reviendrons pas sur une thématique qui a eu ses heures de gloire dans les cercles académiques, celle liée à la paysannerie et à la crise de l'agriculture en Algérie. La question a été traitée, et sous différents angles. Depuis la célèbre étude menée par le tandem Bourdieu-Sayad, les données de l'enquête n'ont cessé d'être actualisées, même si la tendance des études rurales s'est un peu essoufflée ces deux dernières décennies. L'une des raisons de cet essoufflement est liée -cela n'est qu'une hypothèse, qui, soit dit en passant, reste loin du propos que nous souhaitons, ici, développer- à la croissance urbaine, du fait des mouvements de populations et du développement des villes. Une dynamique qui a eu un impact considérable sur l'orientation de la considération universitaire de la réalité socio-économique du pays. Le titre de D. Hadjidj : « Du rural délaissé à l'urbain convoité », portant sur les mouvements migratoires des campagnes vers les villes peut très bien s'appliquer à la dynamique de recherche académique et à l'orientation des études sur la population et l'environnement ces vingt/trente dernières années.

Quant à notre intérêt il portera sur un projet de société qu'on lui donna le titre de « Révolution agraire », et plus particulièrement sur les vestiges (ou ruines) de celui-ci, à savoir « les mille villages socialistes », soit les éléments constituants de ladite révolution, comme dirait Ripault-Megerand. Nous partons d'une série de questions toutes simples, mais qui mérite d'être posées : Que reste-t-il des villages socialistes des années 70 ? Que sont-ils devenus ? Et quel est le profil sociologique de la population qui les occupe actuellement ?

La mise en place du « projet de société » qu'on nomma « Révolution agraire » a été accompagnée d'une série d'études et d'analyse en tous genres. Mis à part la masse de mémoires de fin d'étude et de thèses dans différentes disciplines en sciences économiques et sociales, on a eu droit à des textes dans lesquels on l'avait pensé comme concept, certains écrits de M. Lacheraf en attestent ; décrit comme réalité ethnographique, par Fanny Colonna entre autres ; il y a eu même une autopsie de la mort de l'agriculture considérant les villages socialistes comme autant de ruines d'un projet ambitieux, mal pensé au départ et mis en place de manière bancale par la suite. C'est le cas du chapitre consacré au secteur agricole dans le célèbre pavé publié sous le pseudonyme de Tahar Benhouria.

Si l'on suit le raisonnement de ce dernier (A. El Kenz de son vrai nom), ce projet de société, avec ses mille villages socialistes, fut un échec. Mais là encore, la ruine de l'agriculture n'incombe pas au seul projet de développement initié par le président Houari Boumedienne, mais il faudrait peut-être noter que la révolution agraire n'est qu'une phase ultime d’un processus enclenché un siècle auparavant. En effet, selon P. Bourdieu et A. Sayad la crise de l’agriculture que connaîtra l’Algérie indépendante est dû à la politique coloniale entreprise à l’encontre des « indigènes » en les privant de leurs terres, les éloignant de leur milieu, les plaçant dans un autre. Et dans l’effort d’adaptation, l’adaptation de leur savoir-faire à la nouvelle réalité qui leur a été imposée, il y a eu perte d’une grande part du savoir-faire référentiel. Nous dirons même que l'échec était annoncé, Benhouria n'en a fait que la chronique.

Un processus qui débute avec le lancement du projet de construction des mille villages socialistes. Dans la contribution de Ripault-Megerand à l’Annuaire de L’Afrique du Nord, nous pouvons lire que parmi les objectifs de la Révolution s’y trouvait celui visant d’ « assurer la promotion sociale et culturelle des masses rurales par l'amélioration de leurs conditions de vie et leur insertion dans le progrès économique et social » . Seulement cette mission, « noble » en apparence, avait pour conséquence la ruine de l’agriculture, du moins ce qu’il restait du savoir-faire agricole ancestral.

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