L’université et ses acteurs

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : L’université et ses acteurs
Mots-clés : Étudiants Système éducatif Université

Problématique

Les textes fondamentaux régissant l'enseignement supérieur en Algérie sont ceux de la réforme de 1971 et celui de la loi d'orientation de l'enseignement supérieur de 1998. Les autres textes promulgués ont été le statut-type des universités en 1983, modifié et complété en 1990, la création des académies universitaires en 1995, la création de l'université de la formation continue en 1990, les dispositions régissant la post-graduation et la recherche en 1998 et 1999. Le premier constat concerne la démultiplication des niveaux décisionnels; ce qui introduit un excès de bureaucratie et des lourdeurs dans la chaîne de décision. De plus, des effets pervers sont liés à l'inexistence d'arrêtés d'application pour certains dispositifs, à la non-application de certaines dispositions réglementaires, de l'existence d'arrêtés d'application ou circulaires ministérielles en contradiction avec d'autres textes. Les conditions et les modalités d'accès à l'enseignement supérieur ont subi de très nombreuses variations et sont portées à la connaissance des élèves au dernier moment, compliquant par là même l'orientation des futurs étudiants et expliquant en partie les forts taux de redoublement et d'abandon à l'issue de la 1 ère année universitaire.

La structuration et l'organisation de l'enseignement supérieur pose le problème de la structuration du post-fondamental, en particulier celle du pré- universitaire avec la question du choix du moment de la spécialisation et la transition secondaire supérieur. L'existence d'un cycle court dans la structuration et l'organisation de l'enseignement supérieur ne règle pas la mission stratégique de régulation des flux, car la place, la crédibilité et les débouchés de cycles ne sont pas clairs pour les élèves et leurs familles. L'organisation du système actuel comporte les universités, les grandes écoles, les centres universitaires, les INES, les centres de recherche, les unités de recherche et l'ONOU. Les structures organisationnelles pédagogiques sont: Les instances de départements, universités, facultés et autres établissements (comités pédagogiques, conseils scientifiques...), la conférence régionale des universités, la conférence nationale, les comités pédagogiques nationaux. L'université de la formation continue offre la possibilité à des travailleurs et des lycéens en situation d'échec, d'obtenir des diplômes de rang supérieur, dans les cycles courts. L'analyse des différentes rentrées universitaires sur plus d'une décade, est un indicateur du type de gestion opérée par les responsables. Les rentrées universitaires sont en fait polarisées essentiellement sur l'accueil des bacheliers. Cet accueil, entendu au sens de modalités d'orientation des flux, a connu un passage par trois phases:

-une Phase de Régulation de Flux qui consistait en une répartition des flux d'étudiants sur une multitude de filières répondant à une demande socio- économique importante. Le nombre des étudiants à cette période était malgré tout faible face à une offre de formation diversifiée et importante accompagnant un projet de développement ambitieux et généreux (pour les années 1970).

- une Phase d'Orientation s'est ensuite imposée dans le cadre de la prise en charge de l'augmentation d'un nombre important d'étudiants face à un manque de diversification des filières, et une surcharge des filières professionnalisantes traditionnelles. Des procédures d'orientation étaient mises en place prenant en compte trois critères: places disponibles à l'université, le vœu de l'étudiant, et enfin sa note au baccalauréat, tout ceci étant organisé sur la base d'un programme informatique (pour les années 1980).

-une Phase de Répartition des flux consistant le plus souvent en la prise en charge des vœux des étudiants devenue condition sine qua non de la préservation de la paix sociale dans une université en processus de perte de repères, prenant la forme successivement d'un rabaissement de la moyenne du bac exigée pour l'inscription dans les filières souhaitées accompagné par une mise en place des troncs communs. .

Les critères d'orientation ont été élaborés par l'Institut d'informatique et les établissements universitaires sur la base du nombre de places pédagogiques, entendu strictement au sens physique. Le nombre important des bacheliers doublé d'une politique de gestion de la paix sociale mit les établissements universitaires devant une situation banalisée depuis quelques années: désertion de certaines filières et surcharge et sous encadrement pour d'autres. A titre d'exemple, pour les 24.068 bacheliers de l'Ouest du pays en 2001, les formations longues désertées ont été: le génie maritime, le génie physique, l'ingéniorat en agronomie, le génie rural, la chimie, l'archéologie etc., et pour les filières courtes, ce sont: le génie maritime et 1 'hydrologie) zéro candidats. Tandis qu'il y a surcharge et pression sur les filières longues: médecine, pharmacie sciences commerciales, droit, chirurgie dentaire. L'absence ou la faiblesse d'une politique d'établissements a abouti à faire de l'université un lieu qui subit tous les aléas amenant à une perversion même des missions de l'université. Une logique de survie et d'attente, amène les étudiants à déployer des stratégies limitant l'effort et augmentant la rentabilité (notes aux examens}

Le diplôme est dépouillé de sa valeur intellectuelle; il est perçu comme un instrument. Cette perception est la conséquence du rapport d'extériorité que les étudiants ont construit et peut fonctionner comme un indicateur de non conformité avec les objectifs de l'université.

Le système universitaire apparaît comme infantilisant: le mode d'organisation et de fonctionnement laisse peu de place au travail, « petit boulot ». De la continuité du précédent projet, mené dans cadre d'un PNR Education/formation portant sur « Les étudiants: savoir, culture et environnement », trois conclusions majeures ont été tirées:

- Le chômage comme réalité structure les projets d'avenir des étudiants avec son versus départ à l'étranger comme modalité de résolution de ce problème.

- Un rapport instrumental au savoir et au diplôme.

- Une indigence quant à la vie quotidienne du point de vue culturel qui les rapproche des jeunes de leur quartier.

N'y a-t-il pas un décalage entre une transformation sociale et économique dû en grande partie à « l'ouverture» ou plus justement au désengagement de l'Etat dans la création des richesses (de l'emploi) et une représentation de ce que « travailler veut dire» ?

Une enquête menée dans le cadre d'une thèse de Doctorat d'Etat (F.ADEL, Paris, 1990) fait ressortir, à partir d’entretiens, le choc provoqué par le premier contact avec l'université. Ce choc traduit la découverte d'un monde aux mœurs «étranges (des filles qui fument...), mais aussi le sentiment de vivre d'intenses émotions: la proximité. C'est une période où le paraître compte beaucoup non seulement dans la manière de s'habiller mais aussi de se représenter aux autres. L'université a constitué au départ un microcosme où s'expérimentait la sociabilité hétérosexuelle. Ce qui rendait possible ces expériences, c'était la relative autonomie matérielle que la bourse permettait d'avoir (300 DA par mois ou 900 par trimestre représentant une somme appréciable pour l'époque. Aujourd'hui la bourse est de 900 DA par mois soit 2700DA par trimestre. Les 900 DA mensuel permettent à peine de couvrir les frais de transport. Il note que le temps des études était largement sacrifié au profit d'occupations indéfinies qui s'organisaient autour de moments forts de la quête amoureuse et sexuelle. Pour ces raisons, la première année d'études était généralement sanctionnait par un échec. Le désir de partir chez les étudiants n'est-il pas lié aussi au mythe d'une société où tout est possible: un emploi, un logement, une expérience amoureuse ?

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