Les villes hôtes post évènements : quel héritage pour Oran et Tlemcen et leurs populations

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Villes et pratiques urbaines
Résumé

Les manifestations majeures ou méditerranéennes constituent un moyen important pour stimuler le développement et transformer les villes. Tout au long des différentes étapes, depuis leur préparation jusqu’à leur conclusion, elles représentent un vaste champ d’étude et de recherche. Elles constituent une matière précieuse pour les études portant sur les changements au niveau des villes et des pays, et laissent un héritage multiple, avec des effets positifs ou négatifs, ainsi que des impacts matériels et immatériels. En fin de compte, elles forment un héritage important pour le pays ou la ville.

Dans ce projet, nous cherchons à étudier l’héritage laissé par les manifestations organisées en Algérie dans deux villes : Tlemcen, capitale de la culture islamique, et Oran, pour son accueil des Jeux méditerranéens. Nous analyserons cet héritage selon plusieurs dimensions : sociale, économique, architecturale, ainsi que l’image que se construit la ville après la manifestation.

À travers cette recherche, nous voulons principalement mettre en évidence : quel est l’héritage matériel et immatériel acquis par Tlemcen et Oran à la suite de ces événements ? Deuxièmement, examiner les représentations et perceptions des habitants vis-à-vis de ces événements : ont-elles une signification positive ou négative pour eux ? Enfin, vérifier s’il y a eu intégration ou consultation des populations locales dans les mesures mises en œuvre dans leur ville lors de la phase préparatoire, en tant qu’acteurs dynamiques initiaux concernant les projets et transformations subis par leur ville pour accueillir l’événement.

Problématique

Les évènements sont un moyen de renforcer le développement des villes et de rendre les sociétés plus inclusives, car c’est un vecteur de changements et de transformations de l’espace et de la société. Roche (2000) les définit comme « des manifestations culturelles d’envergure (notamment au niveau commercial et sportif) qui ont un caractère dramatique, mobilisent un grand nombre de personnes et ont une importance internationale ». Ces derniers sont en général temporaires, avec un début et une fin prédéterminée. Il est attendu par l’accueil de tout type d’évènement à travers le monde de répondre à une multitude de défis sur le plan spatial, sociétal, économique, environnemental,…à fin d’en faire un levier économique et un moyen d’ouverture et d’échanges de la richesse culturelle et des valeurs universelles.

L’acharnement et l’intérêt que manifestent les pays pour accueillir de grands évènements, est justifiable en partie par rapport à l’héritage de cet évènement. Cet héritage se manifeste sur plusieurs aspects dont le fait de faire connaitre le pays où la ville et sa culture, booster les secteurs économiques à travers une dynamique touristique, sans pour autant négliger le rôle qu’ont ces évènements à transformer la/les villes et leurs permet d’acquérir de nouvelles infrastructures et de restaurer certains sites. Selon Getz (1997), l’héritage peut être des « Bénéfices non touristiques (p. ex., affaires et commerce) ; liés à la promotion de la destination (image de marque, amélioration de l’image de marque, gestion des médias) et à la création d’un héritage permanent (argent, installations, autres infrastructures, capacités améliorées, etc.) ». Quant à Roche (2000), il souligne l’intérêt commercial des événements surtout sportifs, en termes de revenus générés à travers les droits de diffusion et l’audience télévisuelle pouvant atteindre des milliards de téléspectateurs sans compter les spectateurs présents sur place. Dans un cadre plus général, d’autres définitions existent et donnent à ce concept une utilité à large spectre par exemple « Les avantages physiques, financiers, psychologiques ou sociaux conférés en permanence à une communauté ou à une région en raison de l'organisation d'un événement. Le terme peut également être utilisé pour décrire un impact négatif, tel que la dette, le déplacement de personnes, la pollution, etc. » (Getz 1991).

Selon la nature de l’évènement sportif, culturel ou autre, le pays/ville va mettre en avant les atouts historiques, culturels, patrimoniaux,… pour être le pays/ville hôte à sélectionner. C’est en se basant sur plusieurs de ces critères que les villes de Tlemcen et d’Oran ont été sélectionnées respectivement pour être capitale de la culture islamique durant l’année 2011 grâce à son héritage historique, culturel et architectural, ainsi qu’Oran en 2022 comme ville hôte des jeux méditerranéens grâce aussi à sa localisation géographique et son potentiel en infrastructure sportifs et économique.

Dès le dépôt de la candidature chaque pays/ville ainsi que leurs habitants vont s’imprégner de l’esprit de l’évènement. Une fois la candidature acceptée, le pays/ville et ses habitants vivront au rythme des préparatifs et dans l’ambition d’un héritage engendré par ce futur événement qui leur en profitera sur tous les domaines.

Pour rappel, ce concept d’« Héritage évènementiel », est un concept lie au premier temps au Jeux Olympique en l’incluant dans sa déclaration de mission : « Laisser un héritage physique et spirituel positif et une marque indélébile sur l’histoire olympique en organisant les Jeux les plus mémorables de tous les temps » (ACOG 1997; Jean-Loup Chappel et 1970). Mais ce n’est qu’en 2015, que le CIO fonde une nouvelle commission, « la commission du développement durable et de l'héritage » qui a comme mission de consulter, coordonner et surveiller l'héritage des Jeux Olympiques (CIO 2018; Preuss 2018)[1].

Il en va de même que l’importance de l’héritage soit en fonction de l’envergure de l’évènement, en effet un méga évènement à portée internationale est différent d’un autre à effet régional ou national et par conséquent la préparation, l’organisation et l’héritage sont différents en matière d’importance. En effet, au moment où quelques auteurs considèrent les expositions universelles, les sommets politiques, les conventions et les festivals internationaux comme méga-événements (Hiller 1995; Ritchie et Yangzhou 1987; Rose et Spiegel 2011), d’autres se concentrent uniquement sur les événements sportifs (J. Horne et Manzenreiter 2006; Maennig et Zimbalist 2012).

L’héritage évènementiel peut se mesurer en adoptant plusieurs approches, dont les trois plus utilisées:

1- « benchmark » : Souvent utilisée en phase de planification des héritages, cette mesure est sujette à plusieurs critiques, du fait que la complexité des événements dans un environnement en mutation rapide rende difficile l'utilisation sérieuse de points de repère pour identifier les héritages potentiels d'événements futurs en se basant sur la comparaison avec d’autres événements passés que ça soit dans d’autres villes ou pays, ou même dans le même lieu (Preuss 2007).

2- Approche descendante « top down approach» : Preuss (2007a; 2006) précise que cette approche, basée sur des mesures économétriques, n’est utile que pour mesurer des héritages économiques d’un méga-événement.

3- Approche qui évalue l'héritage de manière ascendante « bottum-up approach» :

Cette approche a était inventé par Preuss dans le but de éviter les critiques formulées autour des deux approches citées et qui sont liées au fait qu’elles ne permettent pas de mesurer correctement les héritages, Preuss (2007b) expose une méthode alternative plus complète. Il s’agit d’est une approche qui évalue l'héritage de manière « ascendante » en se basant sur l’exemple de la coupe du monde de football de la FIFA.

Elle consiste à comparer le développement d’un pays sans la coupe du monde (situation « sans cas ») et son développement avec la coupe du monde, sans pour autant prendre en considération le développement alternatif qu’un pays prendrait en l’absence de la coupe du monde (situation « cas de contrôle »).

Dans notre étude nous essayerons de choisir l’approche qui nous permettra de mesurer l’héritage dans un cadre de comparaison ainsi que les effets de l’héritage évènementiel sur les villes hôtes dans plusieurs domaines (urbanistique, équipements, social, économique, santé, bien-être, image et intentions comportementales ) Car nous voudrions étudier l’héritage évènementiel dans un cadre interdisciplinaire à connotation plutôt socio-économique et anthropologique.

Par cette recherche nous voulons mettre en exergue en premier lieu quel est l’héritage matériel ou immatériel qu’ont obtenu Tlemcen et Oran des évènements qu’elles ont accueilli ? En second lieu voir les représentations et perceptions de la population à l’égard de ces évènements, ont-ils pour eux une connotation positive ou négative ? Essentiellement si dans les actions menées dans leur ville en phase préparatoire y’a-t-il eu une intégration ou concertation avec la population locale comme premier acteur dynamique concernant les projets et changements que va subir leur ville pour accueillir l’évènement ?

Références bibliographiques:

- Getz, Donald. 1991. Festivals, special events, and tourism. Van Nostrand Reinhold.

- Getz, Donald, et Donald Getz. 1997. « Event management & event tourism ».

- Preuss, Holger. 2000. « Electing an Olympic Host City: A Multidimensional Decision ».

- 2003. « Rarely considered economic legacies of Olympic Games. » In .

- 2006. « Lasting effects of major sporting events ». Institute of Sport Science.

- 2007a. « FIFA World Cup 2006 and Its Legacy on Tourism ». In Trends and Issues

in Global Tourism 2007, édité par Roland Conrady et Martin Buck, 83‑ 102. Berlin, Revue du Contrôle de la Comptabilité et de l’Audit Volume 4 : numéro 3 Revue CCA www.revuecca.com Page 532Heidelberg: Springer Berlin Heidelberg. https://doi.org/10.1007/978-3-540-70905-3_8.

- 2007b. « The Conceptualisation and Measurement of Mega Sport Event Legacies ».Journal of Sport & Tourism 12 (3‑ 4): 207‑ 28.https://doi.org/10.1080/14775080701736957.

- 2018. « Event legacy framework and measurement ». International Journal of Sport Policy and Politics 0 (0): 1‑ 16. https://doi.org/10.1080/19406940.2018.1490336 .

- Preuss, Holger, et Christian Alfs. 2011. « Signaling through the 2008 Beijing Olympics - Using Mega Sport Events to Change the Perception and Image of the Host ». European Sport Management Quarterly 11 (1): 55‑ 71. https://doi.org/10.1080/16184742.2010.537362 .

- Martin Müller Hiller. 1995. What makes an event a mega-event? Definitions and sizes; Ritchie et Yangzhou 1987; Rose et Spiegel 2011.

- Horne, John, et Wolfram Manzenreiter. 2006. «An introduction to the sociology of sport mega-events». The sociological review 54 (2_suppl): 1–24.

[1] - IOC, international Olympic Commitee.

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