Femmes élues et représentation politique en Algérie

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Citoyenneté, mouvements sociaux et pratiques électorales

Problématique

Les questions principales que nous voulons aborder tiennent d'abord à l'actualité et aux changements sociaux et politiques que connaît l’Algérie par rapport à la représentation des femmes. Qui sont les femmes algériennes élues ? Quels sont leurs parcours professionnels ?

Quel est l'état des lieux de la participation des femmes ? Comment les femmes élues s'organisent-elles pour être en mesure d'exercer leurs droits et de participer dans la prise des décisions ? Quelles sont les stratégies menées par les autorités politiques afin de répondre aux revendications des femmes pour l'égalité politique totale et leur intégration dans la vie publique ? Comment la présentation des femmes dans les institutions législatives peut-elle prendre la forme de « présence politique », selon l’idée de Anne Philips[1] ? Une coexistence de la « politique de la présence des femmes » et de la « politique des idées défendant les droits des femmes » peut-elle avoir lieu ?

Mais, faut-il encore définir ce que nous entendons par égalité politique entre hommes et femmes. L'étude des textes juridiques qui décident des formes d'égalité est à cet égard particulièrement significative. Constitutionnellement, l'égalité politique est garantie entre hommes et femmes en Algérie. Elle consiste à accorder les mêmes droits aux hommes et aux femmes : vote, candidature aux différentes fonctions, et à leur donner formellement la même chance de participer dans la prise des décisions.

En matière politique, la condition des femmes est souvent évoquée par rapport à des considérations religieuses et traditionnelles qui s'adonnent à les exclure de la sphère du pouvoir et de la sphère publique en général. Pourtant, depuis quelques décennies des voix s'élèvent, même dans des milieux conservateurs et auprès des institutions religieuses pour permettre aux femmes de faire entendre leurs revendications et de participer, dans les limites et les règles qu'admet la charia, à la vie politique. Comment l'accès des femmes à la vie politique et parlementaire peut-il être réalisé dans ces conditions ? Si les pouvoirs politiques ainsi que les mouvements islamistes insistent sur le principe d'égalité politique, comment expliquer la très faible participation des femmes dans les assemblées élues ? Comment expliquer aussi les contradictions entre la position des islamistes à l'égard des droits des femmes et les réserves, voire les objections qu'ils émettent quand il est question d'égalité entre les sexes au nom de la Loi islamique ?

Notre étude sera basée sur une enquête auprès des femmes parlementaires afin de saisir leur et leur impact dans la vie politique en général, et en matière de promotion de l’égalité des genres et des droits des femmes en particulier.

Nous nous intéresserons en également aux initiatives des lois prises par les femmes parlementaires ; à leur engagement au sein des commissions parlementaires et à leur participation active au débat parlementaire.

« La féminisation du personnel politique aurait des effets considérables sur la vie politique en faisant entrer des préoccupations que la définition traditionnelle de la politique tend à exclure », disait lapidairement Bourdieu[2]. Qu'en est-il dans les sociétés égyptienne et marocaine ? Que font les femmes, une fois dans les institutions législatives pour répondre aux revendications de justice, d'égalité et de liberté ? À quel point leur participation est-elle efficace, pour la société en général, et pour les femmes en particulier ?

Le rapport entre le militantisme féminin et la société civile est d'une grande importance. Nous voulons tenir compte de la mobilisation féminine qui, autour des différentes associations, œuvrent sur le terrain pour des compagnes de sensibilisation et d'action revendiquant leurs droits politiques et civiques. L'organisation de nombreuses conférences et rencontres interarabes et internationales montre que la mobilisation de la société civile est grande et importante. Les revendications des femmes égyptiennes et marocaines ainsi que leurs recommandations témoignent d'une forte prise de conscience que nous voulons éclairer en montrant ses portées et ses répercussions.

La référence faite à la conférence de Pékin en 1995 sur les femmes par les différentes associations féministes actives, et très particulièrement au chapitre concernant le droit des femmes à la participation au pouvoir, montrent que le militantisme des algériennes se nourrit des principes universels et d'une solidarité qui dépasse les frontières. La nomination de femmes dans plusieurs postes à hautes responsabilités, auparavant réservés aux hommes, ne cesse de croître ; elle témoigne aussi d'une volonté de changement de la part des pouvoirs politiques.

Méthodologie :

La Loi organique « fixant les modalités d’élargissement de la représentation des femmes dans les assemblées » élues a été adoptée en Algérie en 2012 constitue obéit aux mécanismes des quotas suivies par plusieurs pays afin d’augmenter les chances des femmes dans la vie politique.

La littérature abondante en sciences politiques sur la représentation politique accorde ces dernières années une grande importance à la dimension féminine de la représentation politique. Ainsi, l’intérêt de nitre recherche est d’identifier les éléments de différentiation d’ordre social, culturel et politique qui déterminent la place et le rôle des femmes élues au sein des institutions qu’elles représentent d’un côté, et, de l’autre au sein de la société en général.

Cette étude sera basée sur des questionnaires auto-administrés et des entretiens directs.

Nous opterons selon le cas pour l’entretien qualitatif des interviewées (femmes élues) ce qui nous permet d’un côté d’assurer le degré de liberté des interlocuteurs (présence et formes des questions) et le niveau de profondeur des échanges (richesse et complexité des réponses)[3]. Les entretiens seront également réalisés avec des chefs de partis politiques, des présidents des APC et APW et des hautes responsables politiques.

[1] Philips Anne, (ed.) Feminism and poltics, Oxford, Oxford University Press, 1998.

[2] Interview avec Bourdieu, Libération, 11 février 1993.

[3] Boutin, G, L’entretien de recherche qualitatif. Ste-Foy, 1997, Presses de l’Université du Québec.

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