Élites locales patronales et rapports au pouvoir : étude dans les villes d’Oran et de Constantine

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Citoyenneté, mouvements sociaux et pratiques électorales

Problématique

Nombreux sont les travaux consacrés aux élites. Les différentes définitions élaborées depuis plus d’un siècle donne matière à différents niveaux d’analyse. Par-delà la différence des disciplines et les traditions de pensée, la question des élites occupe une place importance dans l’analyse des sociétés et la compréhension des changements qui touche la société aujourd’hui. Le concept d’élite renvoie souvent à l’exercice du pouvoir par un nombre d’individus pour souligner leur influence et leur place dans les champs politique, social et économique.

-Cette recherche s’inscrit dans la continuité d’un projet établissement 2013-2016 sur les élues locales et la représentation politique en Algérie. Nous souhaitons ouvrir une nouvelle perspective de recherche en mettant en exergue les rapports des élites avec le pouvoir et ce dans une perspective comparative entre l’oranais et le constantinois. Le pouvoir est entendu ici dans le sens de Lemieux :« la capacité de produire les effets voulus ».

Les changements sociaux et politiques que connait l’Algérie ces dernières années interpelle le chercheur sur le rôle des élites dans la vie sociale, économique et politique. Qu’il s’agisse des mouvements sociaux ou de mobilisations politiques et sociales liées aux événements différents (grève, revendication particulière, élections, etc.), les élites s’imposent comme faisant partie des acteurs majeurs dans les négociations, l’élaboration des actions collectives, elle est également une force de proposition auprès des décideurs et d’intervention auprès de la population ou les catégories sociales (ouvriers, étudiants, chômeurs, etc.).

Suivant la référence wébérienne classique, l’élite étudiée est lié aux quatre dimensions : classe, statut, domination et autorité. Les élites sont étudiées en tenant compte de l’influence économique, aux appartenances sociales (et confrériques parfois) et à l’appartenance aux institutions politiques (locales et nationales). Ces dimensions seront considérées dans notre projet de recherche comme étant des éléments d’analyse permettant d’appréhender le niveau d’influence qu’exercent les élites dans des domaines donnés (économie, politique, religion). Aussi, nous essayons une typologie des élites à partir du travail de Guy Rocher : traditionnelles, technocratiques, charismatiques, élites de propriété, idéologiques et symboliques.

La médiation des élites locales au regard des événements marquant depuis plusieurs années la vie sociale des Algériens, a pris une place importante. C’est une des questions que nous souhaitons étudier

Qu’est-ce qu’une élite locale ? Comment se construit-t-elle ? Comment se forme-t-elle ? Les élites locales patronales sont-elles représentatives des intérêts de la population ? Quelles sont leurs stratégies pour peser sur la vie locale ?

Comment se constituent les alliances entre les différentes élites (traditionnelles, religieuses, intellectuelles, patronales) ?

Sans être forcément au pouvoir, pour reprendre la formule de Mills, cette « ensemble complexe de coteries entrecroisées » mérite d’être étudié afin de saisir la dynamique sociale et politique qui se déploie ces dernières années.

Ce projet se veut ainsi une contribution pour retracer le parcours des différents acteurs influents au sein des élites au regard de leur implication dans la vie locale (et nationale aussi), leur prise de position face quant différentes situations et évolutions (décision du gouvernement, du parlement, propositions des syndicats.

En parlant des élites locales, il importe aussi de situer leur rôle dans l’ordre social. Entendu dans le sens de Goffman pour signifier « la conséquence de tout ensemble de normes morales qui régule la façon dont les personnes poursuivent leurs objectifs[1] », les élites locales constituent un élément d’analyse important. Elles permettent de comprendre comment faire face aux normes sociales et morales et comment celles-ci régulent l’intervention des acteurs locaux (appartenant aux élites).

Partons de ces questionnements, nous portons un intérêt particulier aux stratégies notabilaires des élites qui visent à faire connaitre leurs positions et leur influence par différentes formes : alliances matrimoniales, appui sur le monde associatif, usage du patrimoine, etc.

Notable signifie « le lien complexe entre une origine sociale, une activité professionnelle, un rapport au territoire, un discours souvent consensuel au nom de l’intérêt local, des relations de pouvoir vis-à-vis des différents niveaux d’administration, ruraux et urbains, municipaux et départementaux » (Fontaine Le Bart, 1994, p. 13). La notabilité chez les élites, patronales notamment, est un fait caractéristique marquant de l’autorité morale dont elles jouissent.

Dans notre étude nous considérons le notable comme un acteur principal dans les actions et les interventions des élites. Au niveau local, il s’impose comme une référence par le capital (symbolique souvent) qu’il constitue. Aussi, le notable « est porté à s’ériger en homme de pouvoir et d’influence de par sa notoriété, laquelle repose sur une combinaison de ressources hétérogènes valorisées en un lieu et à une époque donnés[2] ».

Cela nous conduit à interroger la question de l’hérédité au sein des élites. Les compétitions politiques constituent un terrain privilégié pour interroger l’idée de la diversité des élites et leur implication dans le pouvoir. Les élections locales (de 2107) par exemple seraient un terrain propice pour tester certaines hypothèses. À partir de cette approche, nous nous interrogeons sur les liens complexes qu’entretiennent les lites entre elles (dans les domaines du social, politique, économique et culturel), et partant avec le pouvoir (dans des représentations politiques).

Ainsi, le pouvoir qui s’appuie […] à la fois sur un appareil administratif formel et sur des exceptions informelles, fréquentes et quasi légitimes[3] » sera aussi étudié dans ses interactions avec ce que les élites patronales.

Les élites et leurs rapports aux territoires nous renseignent davantage sur l’attachement des élites à leurs structures sociales et culturelles.

[1] Erving Goffman, Comment se conduire dans les lieux publics. Notes sur l’organisation sociale des rassemblements, traduit par D. Cefaï, Economica, 2013, p. 10.

[2] Olivier Feneyrol, « Pouvoir local, pouvoir sur le local en Tunisie. Les agents du parti entre État et territoires », in Abdelhamid Hénia (dir.) être notable au Maghreb Dynamique des configurations notabiliaires, IRMC, 2006.

[3] BECQUART-LECLERCQ Jeanne, « Légitimité et pouvoir local », Revue française de science politique, 1977, 27e année, n°2.

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